15 mars 2008
Le Vrai Parisien fait des découvertes
Le monde étant ce qu'il est, chers lecteurs, et la vie allant comme elle va, le Vrai Parisien, malgré une jeunesse de coeur quasiment insensible au temps qui passe, ne peut s'empêcher d'éprouver malgré tout quelque lassitude lorsqu'il prend conscience du caractère implacable de la répétition des jours si souvent semblables (même petit confort fait des mêmes petites habitudes...). Prenons un exemple : le VP a découvert la musique classique, mettons vers quinze ans (et encore, grâce à l'adagio d'Albinoni, mais il faut bien commencer par quelque chose et il est somme toute assez rare de commencer la lecture par celle des "Misérables" ou de "L'éloge de la folie"). Depuis cet âge, il a naturellement complété sa science musicale et a découvert Beethoven, Mozart, Bach, Mahler... Bref, tous les grands.
Mais, tant notre horizon a tendance à être borné malgré l'immensité de tout, si l'on y réfléchit bien (et, ce soir, le Vrai Parisien, justement, y réfléchit bien), ce sont toujours un peu les mêmes choses que l'on écoute. Un peu comme c'est toujours un peu la même chose que l'on achète en faisant ses courses, et donc les mêmes plats que l'on déguste... Le Vrai Parisien a sûrement écouté cinq cents fois les symphonies de Beethoven (un peu moins les deux premières), autant les concertos pour piano, il connait sur le bout de la langue la moindre inflexion de telle ou telle oeuvre de Mozart au point d'être dérouté si d'aventure il n'écoute plus sa version de référence (qui n'est le plus souvent que la première qu'il a acquise...) ! Quelle misère, quelle lassitude !
Et pourtant, le Vrai Parisien, effrayé par les quelques exemples de vieillards qu'il a pu fréquenter, incapables peu à peu de changer quoi que ce soit à leurs habitudes, demeure vigilant à la découverte. Mais la radio ne distille que les mêmes oeuvres, trop souvent. Et d'ailleurs, la même radio depuis plus de trente ans que le Vrai Parisien l'écoute tous les jours, et quoiqu'il ait changé de station, raconte tous les jours les mêmes massacres en Palestine ou au Tibet, les mêmes tensions sur le prix du pétrole, les mêmes foutaises sur les postulants à la présidence américaine, les même complaisances à l'égard des puissants à la mode, les mêmes approximations historiques qui laissent croire que des circonstances vues cent fois se produisent aujourd'hui pour la première fois...
Quel bonheur ineffable alors, quel plaisir sans tâche, que de savoir que l'Opéra Comique va, pendant quelques années, ressortir du répertoire des oeuvres oubliées, exhumer des triomphes passés, et nous laver les oreilles à grands seaux de musique renouvelée, puisée dans les réserves du temps. Ce vendredi, c'était le tour de "Zampa", de Ferdinand Hérold.
"Zampa" a connu, à sa création (1831), un succès prodigieux. Puis le temps est passé, les modes avec, et "Zampa" a sombré dans l'oubli. C'était la première fois sans doute que le Vrai Parisien entendait, écoutait la moindre mesure d'Hérold, et quel bonheur ! Quelle importance qu'il ne fût pas le plus grand musicien de l'Histoire ! Qu'il ait été un honnête artisan suffisait amplement. Ce vendredi, tout était donc nouveau. Le compositeur, le livret, l'histoire même que le Vrai Parisien se plut à découvrir vraiment, comme en 1831 les premiers auditeurs. Un plaisir incroyable, tellement rafraîchissant.
On vous épargnera ici le détail d'une intrigue extravagante à souhait, avec rebondissements toutes les deux minutes. Le tout était parsemé d'airs comme on voudrait en entendre tous les jours : des chansons, des choeurs, des duos d'amour, des sanglots, des cris de joie. Avec un sens très sûr de la mise en scène, avec ce qu'il fallait de sérieux et de détachement (on ne peut plus, en 2008, réagir exactement comme nos devanciers de 1831), avec un bonheur de jouer, de chanter proprement admirables, avec William Christie (sublimissime en chaussette rouge cardinalice), le Vrai Parisien a eu l'impression d'avoir de nouveau quinze ans et de tout avoir à découvrir.
Il n'y a pas de plus grand plaisir !
23:21 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
oh oh, il y a des vieux et vieilles qui changent leurs habitudes autant sinon plus que les jeunes! cela ne dépand tant de l'âge d'après moi!
Ecrit par : julie70 | 21 mars 2008
William Christie jouant une pièce de 1831 !!! Ca c'est un scoop. je pensais bien que lui était englué dans son 17ème que j'aime tant.
Ecrit par : berlioz | 24 mars 2008
Ah mai-je que vois-je !? Le Vrai Parisien n'est point mort ni enterré car il écrit encore !
(Moi aussi mais pareillement, plus au même endroit…)
Ecrit par : KA | 06 mai 2008
Vivant, oui, plus que jamais...
Ecrit par : unevilleunpoeme | 15 janvier 2009
Vivant , oui : il aime toujours autant la terrasse de Saint-Germain et encore plus quand elle est sous la neige ....
Ecrit par : alph | 19 janvier 2009
BON DEPART
Ecrit par : Nina_Tool | 20 septembre 2009
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