11 février 2008
Le Vrai Parisien et la faucille d'or
Fin de semaine bien remplie pour le Vrai Parisien dont les commentateurs, qui admirent toujours sa forme inaltérable, se demandent même s'il lui arrive de dormir... Après son amical dîner de jeudi (tout s'est bien déroulé merci !), le Vrai Parisien a assisté, vendredi soir, à la représentation d'Orphée et Eurydice, de C. W. Gluck, chanté en allemand, dans une mise en scène de Pina Bausch, ce qui n'est quand même pas de la petite bière !
Qu'Orphée et Eurydice soit un chef d'oeuvre, nul n'en doute vraiment et le Vrai Parisien confirme l'excellence de l'ouvrage. Que Pina Bausch ait du talent, c'est un fait avéré depuis longtemps, et le VP valide cette opinion. Pour autant le spectacle actuellement présenté à l'Opéra Garnier laisse un peu sur sa faim en cela que, chaque personnage y étant représenté simultanément (c'est l'adverbe essentiel) par le chant et la danse, le tout donne parfois une étrange impression, un peu comme lorsque l'on se voit soi-même en film, ou bien que l'on entend sa propre voix en écho dans le téléphone. En outre, la chorégraphie fait parfois faire aux héros des gestes, prendre des postures pour le moins surprenantes qui ne semblaient pas au Vrai Parisien, monstre de rationnalité, toujours coller avec la situation...
Pour autant, ce spectacle, associant deux arts et deux oeuvres, dégage une grande émotion et il n'y faut pas bouder son plaisir.
Le samedi et le dimanche se déroulèrent, après ces plaisirs parisiens, dans l'Indre, département injustement méconnu où il ne viendrait à l'esprit de personne de passer ses vacances bien à tort. Les étangs de la Brenne à eux seuls valent le voyage. Quant aux innombrables châteaux qui parsèment la campagne berrichonne, ils démontrent que notre pays, même pour un Vrai Parisien, ne saurait s'arrêter au périphérique. En témoigne celui de Lancosme, où le VP a eu, en 2002, le privilège de dormir (photo Renaud Camus) :

A Nohant, l'ombre de George Sand est encore bien présente et sa belle maison semble à peine l'avoir vu fermer les yeux, ce matin de juin 1876, juste après qu'elle eut murmuré "Laissez... verdure..." (peut-être demandait-elle qu'on la laissât voir une dernière fois la verdure de son beau jardin, les grands arbres qui se balançaient en cette fin de printemps comme pour lui signifier leur adieu).

Déols, aujourd'hui bourgade assoupie, fut en son temps, on a peine à y croire, l'une des principales villes religieuses de France, et son abbaye valait en splendeur celle de Cluny ! Avec les 130 mètres de long de son église abbatiale, ses sept tours, son trésor, l'abbaye était l'une des plus vastes, des plus puissantes du royaume. Mais aucune gloire ici-bas ne dure, et Déols, d'abord incendiée durant les Guerres de religion (acte imbécile dont notre temps est hélas encore coutumier, et qu'aucune foi, aucun dieu ne saurait justifier), fut ensuite ruinée et abandonnée comme carrière de pierre pendant plus de deux siècles jusqu'au milieu du 19ème.


Seul le clocher sud, à l'entrée de la nef, fut sauvé, et encore parce que, se voyant de loin et étant placé dans l'axe de la route nouvellement tracée, il servait de point de repère commode...

Aujourd'hui, seul vestige de ces merveilles évanouies, bâties par l'Homme et détruites par lui, le clocher de Déols fait une bien triste impression. Il semble nous raconter à la fois nos gloires et nos hontes, nos grandeurs et nos petitesses. Humble, il voit les siècles s'écouler tandis que tout autour de lui s'écroule.

Lorsque la nuit enfin se fait, lorsque la lune parait dans le ciel d'encre, il laisse la faucille d'or chantée par Hugo s'imposer seule dans le ciel, et nous conter en silence la lutte inégale et pourtant jamais close entre l'immense océan des ombres et le minuscule fragment de lumière qui, depuis toujours, tente de guider l'Homme vers la vérité, la grandeur et la liberté.

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07 février 2008
Le Vrai Parisien au concert nordique
Ce mercredi soir, salle Pleyel, l'ambiance était nordique, ce qui en aucun cas ne signifie qu'elle fût glacée. Trois compositeurs, en effet, avaient les honneurs du programme : un Danois (Carl Nielsen), un Finlandais (Jan Sibelius), un Estonien (Eduard Tubin). Quant à l'orchestre de Paris, il était dirigé par un chef d'origine estonienne (Neeme Järvi) avec, en soliste, un violonniste russe (Vadim Repin).
La suite Aladdin, de Nielsen, est une succession de danses (matinale, hindoue, chinoise et maure) précédée d'un marche particulièrement tonitruante. L'ensemble fait son effet et permet à l'orchestre, très fourni, de faire briller les timbales, les trompettes, les cors, aux violons de frétiller comme jamais... Malgré tout, ce n'est quand même pas de la grande musique et l'on verrait bien ces courts morceaux agrémenter un dessin animé de Disney, par exemple.
Suivait le morceau de bravoure de la soirée, avec le concerto pour violon de Sibelius, dont le finale est rabaché à qui mieux mieux... Evidemment, avec Vadim Repin, ça ne pouvait pas être complètement raté, même s'il faut bien admettre une fois pour toutes que Sibélius est encore plus ennuyeux que Brahms ce qui n'est pas peu dire. Une mode absurde conjuguée avec le conformisme de pensée ordinaire porte bizarrement aux nues des compositeurs qui ne valent pas tripette (Mendelssohn bénéficie, Dieu sait pourquoi, du même préjugé favorable) et dont le manque de souffle aurait dû les cantonner aux petites pièces brèves dans lesquelles ils se révèlent parfois d'aimables artisans.
En vérité, ce qui leur manque, à ces trois-là (et Sibelius en ce domaine est médaille d'or), c'est la capacité à mener un thème jusqu'à son aboutissement. Ils sont comme les enfants qui changent de jouet toutes les trois minutes, ces téléspectateurs qui zappent en plein milieu d'un film, ces mauvais lecteurs qui changent de livre après le premier chapitre...
Vadim Repin (et son Garneri del Gesù, au son joliment enroué dans les graves) avaient beau se démener comme de beaux diables, ça ne suffisait pas à sauver de l'ennui une oeuvre qui semble exsuder le mal-être. En plus, ce concerto mérite mal son nom, puisqu'en fait de conversation entre le violon et l'orchestre, il n'y en a quasi pas ! Tout ça ressemble à une scène de cauchemar où quelqu'un disant des choses intéressantes, le violon, se ferait sans cesse interrombre et rabrouer par des ignorants mal élevés et vaguement vulgaires, symbolisés ici par l'orchestre.
Malgré tout, vifs applaudissements (sur la dernière note, à la mode d'aujourd'hui), avec gens qui hurlent "Bravo", Répin qui sourit timidement, Järvi aux anges, tout ça suivi d'un bis indéterminé, pas mal du tout, pour violon seul (toujours enroué, mais ce n'est pas un reproche, au contraire).
Heureusement, il y avait la cinquième symphonie de Tubin. Pourquoi ne nous propose-t-on pas plus souvent des oeuvres de ce niveau ? Voilà de la musique, qui souffre, qui parle, qui explique. Même les mamies toussotantes se turent pendant les fabuleux mouvements de colère et d'espoir de cette symphonie qui crie, depuis l'exil, le malheur de savoir sa patrie outragée, brisée, martyrisée.
Les héros de la symphonie (outre les 10 violoncelles et 9 contrebasses), ce sont les deux timbaliers (trois avec le tambour-cimbalier). Tubin leur a réservé des moments de feu, toute la salle, malgré l'orchestre hurlant, paraissant submergée de leurs coups inextinguibles. Lorsque la symphonie s'échève, après un finale époustouflant, même les applaudissements ressemblent à du silence.
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05 février 2008
Le Vrai Parisien reçoit
Jeudi, soit dans 48 heures, le Vrai Parisien recevra chez lui son ami de (presque) vingt-quatre ans, D***, qui vient de Marseille quasi spécialement pour ces retrouvailles. D*** et lui se sont connus en avril 1984, lorsque le Vrai Parisien cherchait - et trouvait enfin - un emploi qui fût digne de ce nom. D*** travaillait déjà dans l'entreprise où le VP frappa au hasard. Il lui servit en quelque sorte de tuteur et leur amitié en naquit.

Deux ans plus tard, D*** quitta l'entreprise pour une autre, dans laquelle il travaille toujours. Les deux années qui venaient de s'écouler furent essentielles dans la formation du Vrai Parisien. Plus âgé que lui de quelques années, D*** lui avait fait découvrir le reste de la vie. C'est lui qui lui donna le goût de la sculpture, qui lui apprit à regarder Paris, dans laquelle ils se promenaient durant des heures. Bien des phrases que D*** dit au Vrai Parisien entre avril 1984 et août 1986 sont encore dans la mémoire de ce dernier.

Depuis plus de vingt ans, même s'ils ne travaillent plus ensemble et ne se voient plus que de loin en loin, D*** et le Vrai Parisien demeurent amis et se contactent régulièrement. Ils s'écrivent et se téléphonent. De temps à autre, ils se revoient et c'est toujours comme si leurs immenses discussions de jeunesse n'avaient jamais cessé. Les phrases reprennent sans qu'il y ait eu silence.

Comme il sera absent mercredi soir et qu'il est prévoyant (peut-être trop), et pour accueillir son ami, le Vrai Parisien a dès ce mardi dressé sa plus belle table. Le menu est déjà décidé, le vin mis à chambrer... En souvenir des jours anciens, le Vrai Parisien réservera à D*** exactement le même accueil qu'il réserverait à un roi.
19:45 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
03 février 2008
Le Vrai Parisien increvable
Sans doute, innombrables lecteurs qui avez fait au Vrai Parisien l'honneur de lui souhaiter un parfait anniversaire (un grand merci à tous ceux qui ont eu ce geste), croyez-vous que, vu son âge maintenant raisonnable, le Vrai Parisien coule des week-ends paisibles, un plaid écossais sur les genoux en lisant Rannoch Moor, en sirotant des tisanes, écoutant en boucle les vieux succès de François Deguelt...
Croire à ces fadaises serait mal connaître le Vrai Parisien et son exceptionnelle résilience ! Pour lui, pas besoin de sniffer de la cocaïne sur des capots de voiture pour se sentir en pleine forme, prêt à toutes les expériences du bout de la nuit... Qu'on en juge par ce programme qui vous aurait sans doute laissé sur les rotules et qui n'a eu pour effet sur le Vrai Parisien que de le mettre en pleine forme, prêt à écrire ce billet et à couler ensuite une paisible et méritée soirée dominicale.
Et maintenant, lecteurs impatients, respect : souvenez-vous que le présent programme, obéissant comme toute tragédie classique à une farouche unité de temps, a été accompli en à peine plus de vingt-quatre heures !
Le samedi matin est traditionnellement consacré aux courses hebdomadaires, de quoi remplir un réfrigérateur. Ce deux février, s'y ajoutaient les "Portes ouvertes" de l'école d'un des fils du Vrai Parisien. Celui-ci, père modèle et donc attentionné, s'y rendit naturellement. Retour chez lui, portant les tonnes de nourriture qui semblent devoir durer pour toujours et ne seront plus qu'un vague souvenir dans quelques jours : il était déjà midi !
Hop ! le repas à peine avalé, voilà le VP qui file au Raincy, en Seine-Saint-Denis. Au Raincy !!! Qu'allait-il faire dans cette galère ? vous demandez-vous sûrement. Ignorants !!! Le Vrai Parisien y réalisé l'un de ses vieux rêves (comme quoi, il n'est jamais trop tard) : visiter la première église construite au MONDE en béton (1922), Notre-Dame du Raincy (architecte Auguste Perret, vitraux d'après Maurice Denis) : un chef d'oeuvre d'équilibre, d'harmonie, de transparence et d'équilibre qui mérite bien son surnon de "Sainte-Chapelle du béton".




Le temps de retourner à Paris, de prendre le thé, et le Vrai Parisien se transporte, tout parfumé de frais, vers le restaurant "Les Ombres". Comment ?! Vous ne connaissez pas "Les Ombres" ?... Courez-y vite, en hiver, au printemps, en été, en automne. Il s'agit du restaurant qui est installé sur le toit de musée du quai Branly (réservation conseillée : les Happy Few s'y ruent). Après un chemin d'ombre et de mystères, vous voilà assis sous un ciel de résille et de verre ; le ciel est le dais sous lequel vous dînez, tandis que, comme un cierge, la Tour Eiffel illumine Paris et éclaire votre table. Le lieu est un must...




Une courte nuit et le Vrai Parisien, douché, rasé de frais, parfumé à l'Orange de Capri se précipite vers la Sainte-Chapelle, la vraie, celle que Saint-Louis a fait édifier en son palais de la Cité pour y abriter les reliques de la Passion. Et le Vrai Parisien, monstre de culture encyclopédique, de comparer l'oeuvre de Pierre de Montreuil (s'il est bien l'architecte de génie qui a bâti cette châsse de géant, de ce palais de lumière) et celle de Perret.




D'autres, vous peut-être, seraient allés se coucher illico, considérant déjà avoir fait plus que leur dû. Le Vrai Parisien n'avait pourtant fait qu'ébaucher son programme : longeant les Seine, réchauffée par un pâle et doux soleil d'hiver, il rejoignit les Tuileries, puis la Concorde.




Enfin, suivant la rue du Faubourg-Saint-Honoré (des photographes étaient aux aguets devant l'Elysée), il atteignit enfin la salle Pleyel pour un de ces concerts de derrière les fagots dont Sir John Eliott Gardiner, à la tête du Symphonique de Londres, gratifia un public conquis : quatrième concerto pour piano de Beethoven, (avec une Maria Joao Pirès délicieuse, délicate, un son des cordes ouaté, une lenteur à tomber dans le deuxième mouvement, qui semblait raconter la lutte inégale et pourtant éternelle entre la fragile beauté et la violente brutalité, la gentillesse et la méchanceté) suivi d'un symphonie Héroïque tonique et âpre, à sa manière, rapide, énervée (mais moins inspirée, a-t-il modestement semblé au VP, que le concerto précédent).
Et maintenant, de retour chez lui, le Vrai Parisien goûte tous ces souvenirs formidables et les revit de nouveau en ayant eu le plaisir de vous les faire partager.
21:30 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note