07 février 2008
Le Vrai Parisien au concert nordique
Ce mercredi soir, salle Pleyel, l'ambiance était nordique, ce qui en aucun cas ne signifie qu'elle fût glacée. Trois compositeurs, en effet, avaient les honneurs du programme : un Danois (Carl Nielsen), un Finlandais (Jan Sibelius), un Estonien (Eduard Tubin). Quant à l'orchestre de Paris, il était dirigé par un chef d'origine estonienne (Neeme Järvi) avec, en soliste, un violonniste russe (Vadim Repin).
La suite Aladdin, de Nielsen, est une succession de danses (matinale, hindoue, chinoise et maure) précédée d'un marche particulièrement tonitruante. L'ensemble fait son effet et permet à l'orchestre, très fourni, de faire briller les timbales, les trompettes, les cors, aux violons de frétiller comme jamais... Malgré tout, ce n'est quand même pas de la grande musique et l'on verrait bien ces courts morceaux agrémenter un dessin animé de Disney, par exemple.
Suivait le morceau de bravoure de la soirée, avec le concerto pour violon de Sibelius, dont le finale est rabaché à qui mieux mieux... Evidemment, avec Vadim Repin, ça ne pouvait pas être complètement raté, même s'il faut bien admettre une fois pour toutes que Sibélius est encore plus ennuyeux que Brahms ce qui n'est pas peu dire. Une mode absurde conjuguée avec le conformisme de pensée ordinaire porte bizarrement aux nues des compositeurs qui ne valent pas tripette (Mendelssohn bénéficie, Dieu sait pourquoi, du même préjugé favorable) et dont le manque de souffle aurait dû les cantonner aux petites pièces brèves dans lesquelles ils se révèlent parfois d'aimables artisans.
En vérité, ce qui leur manque, à ces trois-là (et Sibelius en ce domaine est médaille d'or), c'est la capacité à mener un thème jusqu'à son aboutissement. Ils sont comme les enfants qui changent de jouet toutes les trois minutes, ces téléspectateurs qui zappent en plein milieu d'un film, ces mauvais lecteurs qui changent de livre après le premier chapitre...
Vadim Repin (et son Garneri del Gesù, au son joliment enroué dans les graves) avaient beau se démener comme de beaux diables, ça ne suffisait pas à sauver de l'ennui une oeuvre qui semble exsuder le mal-être. En plus, ce concerto mérite mal son nom, puisqu'en fait de conversation entre le violon et l'orchestre, il n'y en a quasi pas ! Tout ça ressemble à une scène de cauchemar où quelqu'un disant des choses intéressantes, le violon, se ferait sans cesse interrombre et rabrouer par des ignorants mal élevés et vaguement vulgaires, symbolisés ici par l'orchestre.
Malgré tout, vifs applaudissements (sur la dernière note, à la mode d'aujourd'hui), avec gens qui hurlent "Bravo", Répin qui sourit timidement, Järvi aux anges, tout ça suivi d'un bis indéterminé, pas mal du tout, pour violon seul (toujours enroué, mais ce n'est pas un reproche, au contraire).
Heureusement, il y avait la cinquième symphonie de Tubin. Pourquoi ne nous propose-t-on pas plus souvent des oeuvres de ce niveau ? Voilà de la musique, qui souffre, qui parle, qui explique. Même les mamies toussotantes se turent pendant les fabuleux mouvements de colère et d'espoir de cette symphonie qui crie, depuis l'exil, le malheur de savoir sa patrie outragée, brisée, martyrisée.
Les héros de la symphonie (outre les 10 violoncelles et 9 contrebasses), ce sont les deux timbaliers (trois avec le tambour-cimbalier). Tubin leur a réservé des moments de feu, toute la salle, malgré l'orchestre hurlant, paraissant submergée de leurs coups inextinguibles. Lorsque la symphonie s'échève, après un finale époustouflant, même les applaudissements ressemblent à du silence.
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Commentaires
Si vous vous ennuyez en écoutant le concerto de Sibelius, soit c'est vraiment mal joué soit on ne peut plus rien faire pour vous...
Ecrit par : Papageno | 09 février 2008
Lire le blog en entier, pretty good
Ecrit par : Nina_Tool | 20 septembre 2009
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