31 janvier 2008
Communiqué du Vrai Parisien
Le Vrai Parisien informe ses innombrables lecteurs camusiens qu'après avoir dévoré "Corée l'absente", Journal de l'année 2004, il vient de recevoir (par l'intermédiaire d'une célèbre librairie internautique) le volume correspondant à l'année 2003, intitulé "Rannoch Moor".

Il a en effet décidé de lire le Journal à rebours, par ordre srictement anti-chronologique.
[Ce titre "Rannoch Moor" fait se souvenir au Vrai Parisien d'un poème qu'il avait écrit vers sa dix-huitième année, qui impressionnait fort une certaine Florence D***, mais dont malheureusement il ne se rappelle que trois vers :
J'ai vu se célébrer dans les landes d'Ecosse
Près de Kinloch-Ranoch de féériques noces
(...)
Les noces de la brume avec le marécage
;
Précisons que le Vrai Parisien, au moment qu'il écrivait ces vers immortels, n'évait encore jamais mis les pieds en Ecosse...]
Il informe en outre ses excellents lecteurs qu'ayant déjà modifié des plans datant seulement du début de la semaine, il met fin à son système polyglottique consistant à étudier alternativement, et sur un cycle quadri-hebdomadaire, l'allemand, l'anglais, l'italien et le russe.

Ayant en effet décidé - ou s'étant laissé persuadé - de consacrer ses vacances de l'été prochain à un gigantesque tour de l'Allemagne, il étudiera la langue tudesque pendant les six prochains mois, afin de pouvoir, outre-Rhin, converser avec les autochtones de la plus agréable manière. (Ce sera un test intéressant pour savoir si enfin le Vrai Parisien est capable de se tenir à une décision pendant six mois consécutifs...)
Ceci posé, le Vrai Parisien rappelle à ses adorés lecteurs que, demain 1er février, il fêtera ses 46 ans, et les autorise à braver leur discrétion coutumière pour lui souhaiter un parfait anniversaire.
Il les remercie par avance.
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29 janvier 2008
Le Vrai Parisien entre fureur et joie
"Le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, va adresser début février une circulaire à tous les proviseurs de lycée afin qu'ils présentent 5 % de leurs meilleurs élèves en classes préparatoires. Toute demande formulée par ces élèves sera automatiquement acceptée." (La presse)

Lorsque le Vrai Parisien était lycéen, dans des temps si lointains que "la terre était mouillée, encore, et molle du déluge", il doit à la vérité d'avouer (dût sa modestie en être écornée) qu'il faisait partie des bons élèves. Non pas qu'il se foulât beaucoup, mais parce qu'il avait, et a conservé, une assez bonne mémoire et la capacité d'écrire vite et clairement ce qu'il avait lu, et retenu, voire d'en tirer quelques considérations plus ou moins intéressantes.
On ne s'étonnera donc pas que le Vrai Parisien ait obtenu le baccalauréat avec une correcte mention "bien" (sa faiblesse en mathématiques étant redhibitoire pour une meilleure moyenne).
Mais le Vrai Parisien avait un handicap, dont il n'avait pas conscience, d'autant qu'elle était invisible et que l'on s'est toujours gardé de la lui signaler. Il ne l'a donc découverte que plus tard, trop tard sans doute : le Vrai Parisien est fils d'un ouvrier devenu agent de maîtrise, et d'une mère au foyer. Pour paraphraser de nouveau Victor Hugo, on aura compris qu'il plut au sort d'oublier le VP "lorsqu'il distribua les fiefs héréditaires"...
Un jour, le Vrai Parisien a compris que, mieux informé, mieux éclairé, mieux conseillé, il aurait peut-être suivi une classe préparatoire à une grande école ; Sciences Po l'aurait passionné. Mais, le croira-t-on, personne ne lui en a jamais parlé, et il n'a découvert l'existence même de cette école que bien tard, trop tard...
Ni le proviseur du lycée, ni son adjoint, ni le conseiller d'orientation, qui connaissaient pourtant le Vrai Parisien, le couvraient d'éloges sur ses bulletins, ne l'ont jamais convoqué pour le moindre entretien. Il avait dix-sept ans, ne connaissait rien, et ses parents étaient perdus, eux qui n'avait jamais fait d'études, dès qu'il s'agissait d'orientation.
Alors, le Vrai Parisien a cru bien faire de s'inscrire en Droit, à Amiens, études qu'il a vite arrêtées, rejoignant la cohorte infinie des étudiants perdus, qui échouent avant même d'avoir commencé !
Il lui a fallu se débrouiller, seul et son bac en poche, dans l'éprouvante épreuve des débuts dans la vie.
Vint 1981 ; on allait voir ce que l'on allait voir, on allait "changer la vie", la société, revenir sur les privilèges de classe. On n'a rien vu ! Changer la société, c'est justement mettre en place les mécanismes qui rompent un peu, un tout petit peu avec le renouvellement des élites. Mais derrière les beaux discours enseignants, il n'y avait que la volonté, en fait, de ne rien changer à un système dont ils profitent pour leurs propres enfants.
Au fil des années, le Vrai Parisien, à force de l'entendre et de cotoyer ceux qui le tiennent, a fini de décrypter ce discours de réforme qui ne camoufle en fait que le plus âpre conservatisme, le plus cynique, celui qui s'appuie sur les petites gens, et les leurre pour mieux les maintenir en situation d'être dominés à jamais.
Aujourd'hui, gloire soit rendue à Xavier Darcos ! Puissent ses projets être réellement menés à terme. Il aura contre lui tous les conservatismes. Oh ! sans doute, ce ministre n'abreuve-t-il pas le monde de discours fumeux sur le changement, les lendemains qui chantent, et n'annonce-t-il pas une vaste et énième réforme de l'Education nationale, mais ses actes parlent et plaident pour lui.
Entre fureur à propos du passé, et joie à propos du présent, le Vrai Parisien espère de tout son coeur que quelque part en France, un fils d'ouvrier, qui ne sait pas encore ce qu'est une "grande école", doué en histoire, sachant écrire et aimant apprendre, fera grâce à Xavier Darcos les études qu'il mérite.
20:55 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
28 janvier 2008
Le Vrai Parisien polyglotte
Le Vrai Parisien se souvient avec émotion de ses cours de langue, de la sixième à la Terminale, d'abord allemand (comme tous les bons élèves de ce temps-là....) puis anglais. Il se souvient de l'aisance merveilleuse avec laquelle il parvenait en peu de mois à baragouiner les langues de Goethe et Shakespeare, sans trop faire d'effort et en tout cas en utilisant la méthode qu'il a suivie à la lettre tout le temps de sa scolarité, avec des résultats pour le moins contrastés, méthode consistant à ne faire que le strict minimum.
Le Vrai Parisien se souvient que son goût pour les langues étrangères, s'il se manifesta très vite, se révéla aussi exactement inversement proportionnel à son goût pour l'effort. Il n'en tire donc aucune gloire, regrettant depuis bien des années, de ne pas "s'y être mis" avec un peu plus d'application, ce qui lui permettrait aujourd'hui - son rêve - de parler sinon couramment du moins très correctement deux ou trois langues autres que le français (qu'il manie, il est vrai, à la perfection).
Le Vrai Parisien se souvient que, dans sa vingt-cinquième année, il lui vint l'idée d'apprendre l'italien. Il acheta deux ou trois méthodes et avec une aisance prodigieuse (mais il est vrai que la difficulté était moindre que s'il avait choisi... mettons, le japonais...), il parvint en deux ou trois mois à se débrouiller fort bien dans ses voyages ultramontains. Aujourd'hui encore, son italien fait florès et merveille lorsqu'il se trouve à Rome.

Puis le Vrai Parisien se mit en tête d'apprendre le roumain, le néerlandais, le grec... Chaque fois, il acheta la méthode Assimil, fit quelques leçons et se découragea sottement. Un jour, il se mit au russe. Là, mystère, la flamme mit plus longtemps à s'éteindre, trois ans exactement : à force de régularité et d'obstination, il parvint à parler fort correctement. Aujourd'hui encore, dans la langue de Pouchkine, il sait dire : "Ia vsio zabuil... csajaleniou... (J'ai tout oublié, malheureusement...).
En fait, pour apprendre une langue étrangère, il suffit d'un quart d'heure par jour, mais vraiment chaque jour. Il ne sert à rien de s'y mettre une heure, voire deux, de temps en temps. Le Vrai Parisien se souvient de l'image suivante, qui illustre bien le principe : si vous jetez sur un rocher un seau d'eau chaque semaine, rien ne se passe. Mais si une goutte d'eau tombe régulièrement sur le rocher, elle finira par y creuser un trou.

Ce soir, le Vrai Parisien renoue avec ses songes. Plutôt que de s'éparpiller, il a décidé de se concentrer sur quatre langues : l'allemand, l'anglais, le russe et l'italien. Désormais, chaque semaine du mois sera consacrée à l'un de ces idiomes et chaque soir, avant dormir, le Vrai Parisien en lira une leçon. Cette semaine, c'est l'allemand. Rendez-vous dans quelques mois, pour faire le point sur les progrès du vrai Parisien en polyglottisme.
20:15 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
27 janvier 2008
Le Vrai Parisien en son donjon
Tout étant, dans la vie, affaire de communication, les touristes du monde entier affluent chaque jour vers la célébrissime Tour de Londres. Or, le Vrai Parisien, qui a vu celle-ci une bonne quinzaine de fois (et la première en 1978, ce qui ne nous rajeunit pas), vous l'affirme tranquillement : cette tour ne vaut pas tripette. Elle est mal bâtie, en un assemblage de pierres venues de Normandie et de caillasse locale, elle est mal proportionnée (trop large par rapport à sa hauteur), elle est mal placée, coincée entre la Tamise et un gigantesque boulevard autoroutier ; enfin, elle est écrasée par le Tower Bridge. Quant à sa visite, elle se révèle décevante (des boutiques de souvenirs partout, des files d'attente immenses tout ça pour voir trois secondes les "bijoux de la couronne" derrière d'épaisses vitres pleines de reflets), des odeurs de friture. Beurk !

Mais les Anglais ont eu un coup de génie lorsqu'ils ont décidé de propulser leur Tour au sommet des hit-parades touristiques (il faut dire que leur mallheureuse capitale n'est pas encombrée de monuments dignes d'y figurer...). Ils ont fabriqué tout un folklore historico-touristique de nature à faire venir les foules. D'abord le coup des diamants, puis les Yeoman Wardeurs, les canons au bord de l'eau (idéal pour les enfants), les corbeaux, censés garder le trésor, la mythique prison enfin avec égorgements et compagnie.

Le Vrai Parisien pensait à cela ce samedi 26 janvier, visitant un monument autrement splendide et digne d'intérêt, mais que notre beau pays n'a pas su auréoler de cet indéfinissable parfum de mystère et de charme qui seul fait venir les foules et remplir les caisses. Il s'agit du donjon de Vincennes, récemment rénové (mais, aux étages, le carrelage se décolle déjà !).

Cette merveille fut bâtie sous le règne de Charles V, qui en avait fait l'une de ses résidences favorites, lequel y conservait le trésor royal, dans un décor si raffiné pour le temps qu'il avait subjugué des visiteurs florentins, mais dont malheureusement il ne reste rien. On visite aussi le petit cabinet de travail du roi, studiolo avant l'heure. Et un petit campanile porte encore la cloche de la première horloge publique du royaume.

Le château de Vincennes, en son ensemble, était à l'époque la plus vaste forteresse de son temps et le donjon, haut de 50 mètres, est le plus haut du monde depuis la destruction de celui de Coucy en 1917 (et qui mesurait 4 mètres de plus).

Quant à la Sainte-Chapelle, en cours de restauration depuis des destructions liées à la tempête de 1999, elle est une des splendeurs du gothique finissant. Enfin, le château a vu passer des gloires qui pourraient donner lieu à toute une mythologie : Saint-Louis, Charles V, mort de Mazarin, emprisonnement de Diderot, Mirabeau et l'on en passe, exécution du duc d'Enghien... Décidément, il y a tout ce qu'il faut pour faire de Vincennes un incontournable du patrimoine français...

Certes, d'immenses travaux restent à faire : rénovation des pavillons du roi et de la reine, destruction des bâtiments militaires du XIXème siècle, déblaiement des ruines du manoir de Saint-Louis... mais l'essentiel est là et l'on pourrait faire de Vincennes, avec un peu de volonté et d'idée, un des must de toute visite à Paris.
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24 janvier 2008
Au secours ! Le Vrai Parisien entend des voix
Le Vrai Parisien a déjeuné, ce mercredi, dans un troquet exactement situé aux angles des rues Saint-Antoine et de Birague, dans le 4ème arrondissement de Paris. Baptisé "L'Arsenal", ce café bien parisien, au charme désuet, est ce que l'on fait de mieux pour replonger dans un décor qui semble immuable depuis une bonne quarantaine d'années. Même la grande photo du viaduc de Garabit, qui orne l'un de ses murs, rappelle au Vrai Parisien les photos en noir et blanc des principaux sites touristiques français qui décoraient, dans leurs cadres en inox, les compartiments de la SNCF avant leur quasi suppression. Bref, ce lieu est un délice.
Or, quelle ne fut pas la stupeur du VP en entendant tout à l'heure le serveur de l'Arsenal crier à tue-tête à la serveuse, aux aguets derrière son comptoir : "Carla Bruni ! Un !"

La nouvelle égérie présidentielle venait-elle d'entrer dans le bistrot ?! Le serveur venait-il d'avoir une vision ?! Etait-il malade au point de proférer compulsivement le nom le plus à la mode en France ?! Que nenni...
Il fallut un moment de réflexion au Vrai Parisien pour comprendre ce que le serveur avait hurlé, en fait, et qui s'avéra bien différent de ce que son cerveau malade avait reconstitué : ce n'était pas "Carla Bruni !" qu'il fallait entendre, mais : "Quart de Brouilly"...
Au secours ! le Vrai Parisien est obsédé par Carla Bruni !!!
13:50 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23 janvier 2008
Le Vrai Parisien et le temps qui va
Dans quelques jours, le Vrai Parisien commémorera sa naissance. Il est donc à cette époque de l'année ou, malgré qu'on en ait, le sentiment du temps qui passe s'impose un peu plus fortement à nous. La quarantaine n'est pas encore si lointaine que déjà la cinquantaine pointe son nez à l'horizon. Oh ! elle est encore indistincte, dans une façon de brouillard, mais le Vrai Parisien sait qu'elle sera là bientôt, plus vite en tout cas qu'il ne le voudrait. C'est ainsi. Il faut que le temps passe et les années s'amassent.
Mais à ce sentiment si trouble, mélangé de nostalgie et d'un bonheur de vivre toujours aussi intense, et peut-être de plus en plus, s'ajoute depuis ce mercredi soir le souvenir du film qu'il vient de voir.
En 1937, Leo Mc Carey signait avec Make way for tomorrow ("Place aux jeunes") un chef d'oeuvre, n'hésitons pas à le proclamer, de délicatesse, de justesse, de tendresse. Avec une acuité éternelle, il conte, sans excès de sentimentalisme (quoique le Vrai Parisien, véritable midinette, ait essuyé bien des larmes ce soir mais Orson Welles lui-même n'affirmait-il pas que ce film "ferait pleurer une pierre"...), le drame intime et familial d'un vieux couple que les difficultés financières mettent à la porte de chez eux (crise des subprimes avant l'heure ?). Recueillis séparément par deux de leurs cinq enfants, ils découvrent avec tristesse mais sans révolte combien ils sont devenus des fardeaux.
On n'ira pas plus loin, pour laisser à ceux d'entre vous qui iront voir ce film admirable la surprise du dénouement. Simplement, il faut noter la dernière demi-heure du film qui, en raison notamment de la performance d'acteurs de Beulah Bondi et Victor Moore, est un modèle de grâce, d'émotion contenue, de réflexion sur le couple, l'amour, la vie.
Une nouvelle fois, pardonnez-le lecteurs compréhensifs, le Vrai Parisien a les larmes aux yeux. Il s'arrête donc ici, se rappelant la formule de Julien Green, dans son Journal : "En vieillissant, nous devenons nos parents." Puissent ces mots - et ce film - nous aider à mieux les aimer.
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20 janvier 2008
Le Vrai Parisien et la vieille idole
La semaine dernière, le Vrai Parisien consacrait son dimanche à ce petit pélerinage annuel qu'il vous a décrit en détails. Ce dimanche-ci, ce fut une simple promenade, mais bizarrement ressemblante en cela qu'elle se situait également à l'ouest de Paris, sur une hauteur dominant la Seine, et dans le parc d'un château - la seule différence, notable, étant que le château de ce jour est détruit.

Le domaine de Saint-Cloud exhale un parfum de mélancolie presque insoutenable. Ses 460 hectares pourraient être grandioses et constituer l'un des sites les plus remarquables de toute l'Ile de France, surpassant en splendeur Versailles même. Sa position est en effet des plus enviables et le point de vue des plus beaux.


Malheureusement, le sort et les hommes en ont décidé autrement : de l'un des plus beaux château entourant Paris, les Prussiens ont fait une ruine incendiée, que la République française, vingt ans plus tard, a préféré détruire tant ces décombres rappelaient un passé tout à la fois glorieux (des rois en pagaille, des princes à gogo, deux empereurs) et honni.

Aujourd'hui, le parc de Saint-Cloud a cette tranquillité un peu lasse des vieilles idoles auxquelles personne ne songe plus. Ses allées parfois s'estompent dans la forêt, les marches de ses escaliers se disjoignent, et ses fontaines, sa cascade vertigineuse qui faisaient jadis l'admiration du monde s'envasent peu à peu.*

Une promenade dans le parc de Saint-Cloud donne l'impression d'être reçu par une majesté déchue, encore simple dans ses malheurs, et plus humaine. On croirait voir passer, au détour d'une allée, derrière un bosquet, une voiture découverte, malgré le ciel couleur de pierre couvrant tout l'horizon. A peine cherche-t-on à reconnaître le beau visage entrevu un instant que la voiture a déjà filé. C'était Joséphine, ou Marie-Louise, la duchesse d'Orléans, l'impératrice Eugénie, peut-être...

Le temps passe comme les songes. Plus de reine à Saint-Cloud, ni d'impératrice. Seulement le parfum doux et sombre des beautés abandonnées, des trônes renversés, des époques révolues.

Et puisque chaque époque vaut par les bâtiments qu'elle construit et ceux qu'elle laisse détruire, on a honte de la nôtre qui, en un siècle à peine a laissé disparaître Saint-Cloud pour laisser, à la place - à cent mètres à vol d'oiseau - construire ceci :

_________________
* Pour être parfaitement honnête, un plan de rénovation (on devrait dire sauvetage) du parc est lancé depuis l'an dernier, et devrait durer jusqu'en 2010. Mais les effets n'en sont encore guère visibles.
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19 janvier 2008
Le Vrai Parisien en Irlande
Ceux qui le connaissent d'un peu près ou qui lisaient son précédent blog, le regretté "Journal d'un amateur", se souviennent peut-être que le Vrai Parisien, jamais avare de découverte, a passé ses dernières vacances estivales en Irlande (il veut dire en Eire), filant de Dublin au Connemara, puis poussant les feux de Cong à Limerick, explorant dans un brouillard qu'il n'est pas près d'oublier la péninsule de Dingle.
Après d'aussi bonnes vacances, le souvenir d'un pays pimpant, parsemé de paysages tantôt bretonnisant tantôt presque nordiques, parfois quasi méditerranéens (toute chose étant égale par ailleurs), on comprendra qu'il ait récemment saisi l'occasion de retrouver un peu de l'ambiance paisible et bon enfant de cette verdoyante île, en allant voir Garage, le film irlandais qui a en ce moment les honneurs de la presse, et quelques prix ici ou là.

Or, avec le masochisme habituel à ce genre d'institutions, ce qui tient lieu d'agence nationale du cinéma irlandais, qui a subventionné ledit Garage, répand dans le monde entier (quoique le film en question ne soit sans doute pas appelé à crever les plafonds du box-office) une image singulièrement sinistre de son pays et catastrophique des Irlandais eux-mêmes.
Mais, avant d'aller plus avant, le Vrai Parisien se rend compte qu'il va donner l'impression à ses lecteurs innombrables, et qui boivent se paroles comme de la grenadine, que Garage ne lui a pas plu. Rien n'est plus faux ! Le film est excellent, bâti sur un scénario irréprochable et joué par des acteurs inconnus et excellents (parce que ou quoique...).

Non, le problème est que l'action tout entière se déroule dans un minuscule patelin dont on ne voit que la station essence, le pub et l'épicerie, ce qui doit effectivement correspondre aux trois points de ralliement principaux de tout village non seulement en Irlande mais quasiment partout. La vie n'y avance pas, chaque jour y est un océan d'ennui dans un décor de brume et d'eau (superbement filmé). La jeunesse s'y ennuie (mais elle est capable de s'ennuyer partout !) et, donc, boit ou plutôt picole ce qui est la version misérabiliste du boire.
Au milieu de ce petit monde étriqué, un pauvre et brave homme, mi simplet mi bon ange, qui rend service, ne veut de mal à personne, ne se rend pas toujours compte de ce qu'il fait, et se fera dévorer par cette société percluse d'une bonne conscience qui lui permet de commettre, l'âme en paix, ses petits sacrifices rituels.

Histoire d'amitié, un peu ; histoire de malentendus, beaucoup ; histoire d'hypocrisie, à la folie ; histoire d'amour, pas du tout, ou si peu ; histoire humaine, déséspérante, passionnément.
Si l'Irlande voulait donner une image dynamique d'elle-même, tigre celte où l'argent coule à flot (le Vrai Parisien, qui s'y est ruiné, n'y est pas pour rien !), pays encore à peu près préservé dans ses paysages et ses traditions, c'est raté. Mais si l'objectif était au contraire de briser le masque un peu facile de la verte Eirin, des courses de lévrier et des lacs du Connemara, c'est un plein succès.
23:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 janvier 2008
Le Vrai Parisien et le gnan-gnan
On a appris hier la mort du chanteur Carlos. Le Vrai Parisien s'en afflige comme de toute disparition, mais avec toutefois la distance, dont Carlos là où il est ne saurait s'offusquer, que l'on peut et même doit avoir pour toute mort de quelqu'un que l'on n'a jamais rencontré ni de près ni de loin. Il s'étonne donc de la sorte de deuil universel, et passager en même temps, que les radios et télévisions semblent maintenant systématiquement décréter dans ce genre de circonstance.
Entendons-nous : il ne s'agit en rien de nier le caractère humain, chaleureux, sympathique, jovial, bon vivant, bon copain, de Carlos, dont on est abreuvé depuis hier sur quasi toutes les ondes (et les journaux de ce jour), qualités que le Vrai Parisien n'a aucune raison de mettre en doute. Mais enfin, personne ne peut placer très haut l'oeuvre de Carlos en tant que chanteur. Des chansonnettes comme big bisous, Tout nu et tout bronzé, voire Je préfère manger à la cantine, sont mineures, et on ne ferait pas à Carlos l'injure de penser qu'il l'ignorât.
Dans ces conditions, sa mort, en tant que personnage public, se doit d'être signalée, mais pas au point d'en faire tout un fromage.

Plutôt que de s'indigner de la disproportion flagrante que font les médias populaires entre la disparition d'un grand artiste (Jullien Gracq récemment) et celle d'un histrion comme il en faut en tout temps, on s'inquiétera de la sorte de gnan-gnan universel qui semble gagner notre époque. Avoir une pensée pour tout homme qui vient de mourir est naturel, mais pleurnicher à la radio (comme le Vrai Parisien l'a entendu hier avec effarement et effroi de la part d'une pauvre dame qui semblait soudain veuve...) pour la mort d'un chanteur de ritournelles, c'est à la fois absurde, ridicule et pitoyable.
Rendons à Carlos l'hommage dû à l'homme, mais n'exagérons pas celui dû au chanteur !
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17 janvier 2008
Le Vrai Parisien lit le Journal (2)
Puisque le Vrai Parisien n'avait, jusqu'au mercredi 16 janvier 2008 à 19 heures, jamais rien lu du Journal de Renaud Camus, quel autre Journal lisait-il donc, doivent se demander ses lecteurs anxieux ? Quelles sont ses références, ses influences, voire ses sources ?
Pour en parler, il nous faut remonter très loin... jusqu'à l'année 1979, et plus exactement le dernier trimestre d'icelle, lorsque le Vrai Parisien ne pouvait encore prétendre à ce titre de gloire puisque, tout frais bachelier, il entamait à Amiens des études de droit, qu'il allait d'ailleurs interrompre moins de trois années plus tard pour justement rejoindre notre belle capitale.
Mais en ce mois d'octobre 1979, le Vrai Parisien, 17 ans, toutes ses dents, son acné finissant et son incommensurable ignorance de la vie, ses rêves de gloire et de poésie, s'ennuyait à Amiens comme un rat mort, un chien crevé, une mouche écrasée. Il n'y connaissait personne, était bien trop timide pour s'y faire rapidement des amis, si l'on excepte quelques relations superficielles avec l'un ou l'autre de ses condisciples, vivotait sans un sou dans la chambrette universitaire que ses parents lui payaient, et comptait les heures en lisant, fumant des nuits entières, écrivant à la lueur de bougies (!) des poèmes minables qu'il prenait pour des odes dignes d'Homère et d'Hugo.
Et puis, ayant assez vite compris que le droit ne l'intéressait en rien, mais n'osant le dire à ses parents (ce en quoi, il a bien eu tort...), il se demandait bien ce qu'il pourrait faire de sa vie, de toutes ces années qui s'ouvraient, sombres, devant lui...
C'est alors qu'un jour, rue des Trois-Cailloux, errant sans but dans la grande librairie d'Amiens, il repéra un petit ouvrage en format de poche, d'un auteur pour lui inconnu, et dont la quatrième de couverture commençait à peu près comme ça : "Que faire de sa vie lorsqu'on a vingt ans, des rêves plein la tête..." et dix lignes du même tonneau. Le futur VP se dit qu'il trouverait peut-être là des pistes : il acheta l'ouvrage. C'était Jeunesse, la quatrième partie de l'autobiographie de Julien Green.

Julien Green raconte dans ce livre admirable ses propres débuts dans la vie. Il le fait avec franchise et pudeur, racontant ses doutes, ses relations lointaines avec un père vieillissant, ses premiers émois, ses débuts avortés de peintre, sa quête d'une carrière; tout ce qui fait l'étrange charnière de notre vie entre, mettons, vingt et vingt-cinq ans.
Le futur Vrai Parisien fut conquis d'emblée. Même s'il ne pouvait en rien comparer sa vie à celle du jeune Green soixante ans plus tôt, il lui parut que ce livre, enfin, lui entrouvrait des portes. Surtout, il lui révélait qu'il y a des portes, et qu'il ne se trouvait pas devait un mur aveugle qui durerait toujours.
Avec cette frénésie des passions de jeunesse, le Vrai Parisien voulut tout lire de Green, qui ne lui parut soudain n'avoir écrit que pour lui. Il découvrit ainsi Adrienne Mesurat, livre qu'il tient pour l'un des plus sublimes, Chaque homme dans sa nuit, tous les romans, puis enfin le Journal, au hasard des tomes trouvés. Maintenant qu'il se retourne un peu sur cette période, le Vrai Parisien s'étonne lui-même de n'avoir compris qu'assez tardivement les aveux, certes discrètement mais clairement formulés, de Julien Green sur son homosexualité. A dix-sept ans, le Vrai Parisien pouvait lire Jeunesse sans comprendre cela, à moins qu'il ne l'occultât inconsciemment. Puis peu à peu, les choses lui apparurent.
C'est là que l'on voit qu'il avait quand même un peu mûri, puisqu'il poursuivit sans autrement y penser, la lecture du Journal. Ce livre est admirable en tout. Julien Green y aborde mille sujets : il y parle de lui, certes, mais avec une légèreté de touche qui est d'un autre temps ; surtout, au fil des pages, une immense leçon de vie y est donnée, avec ce qu'il faut de distance, mêlant l'art et les voyages, les rencontres, la foi, la lecture, la musique, la peinture omniprésentes.

Oui, l'adolescence du Vrai Parisien prit fin à l'instant même qu'il ouvrait pour la première fois Jeunesse de Julien Green. Sa propre jeunesse commençait, ni plus belle, ni plus sombre qu'une autre, mais plus riche assurément de ce livre.
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