29 janvier 2008
Le Vrai Parisien entre fureur et joie
"Le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, va adresser début février une circulaire à tous les proviseurs de lycée afin qu'ils présentent 5 % de leurs meilleurs élèves en classes préparatoires. Toute demande formulée par ces élèves sera automatiquement acceptée." (La presse)

Lorsque le Vrai Parisien était lycéen, dans des temps si lointains que "la terre était mouillée, encore, et molle du déluge", il doit à la vérité d'avouer (dût sa modestie en être écornée) qu'il faisait partie des bons élèves. Non pas qu'il se foulât beaucoup, mais parce qu'il avait, et a conservé, une assez bonne mémoire et la capacité d'écrire vite et clairement ce qu'il avait lu, et retenu, voire d'en tirer quelques considérations plus ou moins intéressantes.
On ne s'étonnera donc pas que le Vrai Parisien ait obtenu le baccalauréat avec une correcte mention "bien" (sa faiblesse en mathématiques étant redhibitoire pour une meilleure moyenne).
Mais le Vrai Parisien avait un handicap, dont il n'avait pas conscience, d'autant qu'elle était invisible et que l'on s'est toujours gardé de la lui signaler. Il ne l'a donc découverte que plus tard, trop tard sans doute : le Vrai Parisien est fils d'un ouvrier devenu agent de maîtrise, et d'une mère au foyer. Pour paraphraser de nouveau Victor Hugo, on aura compris qu'il plut au sort d'oublier le VP "lorsqu'il distribua les fiefs héréditaires"...
Un jour, le Vrai Parisien a compris que, mieux informé, mieux éclairé, mieux conseillé, il aurait peut-être suivi une classe préparatoire à une grande école ; Sciences Po l'aurait passionné. Mais, le croira-t-on, personne ne lui en a jamais parlé, et il n'a découvert l'existence même de cette école que bien tard, trop tard...
Ni le proviseur du lycée, ni son adjoint, ni le conseiller d'orientation, qui connaissaient pourtant le Vrai Parisien, le couvraient d'éloges sur ses bulletins, ne l'ont jamais convoqué pour le moindre entretien. Il avait dix-sept ans, ne connaissait rien, et ses parents étaient perdus, eux qui n'avait jamais fait d'études, dès qu'il s'agissait d'orientation.
Alors, le Vrai Parisien a cru bien faire de s'inscrire en Droit, à Amiens, études qu'il a vite arrêtées, rejoignant la cohorte infinie des étudiants perdus, qui échouent avant même d'avoir commencé !
Il lui a fallu se débrouiller, seul et son bac en poche, dans l'éprouvante épreuve des débuts dans la vie.
Vint 1981 ; on allait voir ce que l'on allait voir, on allait "changer la vie", la société, revenir sur les privilèges de classe. On n'a rien vu ! Changer la société, c'est justement mettre en place les mécanismes qui rompent un peu, un tout petit peu avec le renouvellement des élites. Mais derrière les beaux discours enseignants, il n'y avait que la volonté, en fait, de ne rien changer à un système dont ils profitent pour leurs propres enfants.
Au fil des années, le Vrai Parisien, à force de l'entendre et de cotoyer ceux qui le tiennent, a fini de décrypter ce discours de réforme qui ne camoufle en fait que le plus âpre conservatisme, le plus cynique, celui qui s'appuie sur les petites gens, et les leurre pour mieux les maintenir en situation d'être dominés à jamais.
Aujourd'hui, gloire soit rendue à Xavier Darcos ! Puissent ses projets être réellement menés à terme. Il aura contre lui tous les conservatismes. Oh ! sans doute, ce ministre n'abreuve-t-il pas le monde de discours fumeux sur le changement, les lendemains qui chantent, et n'annonce-t-il pas une vaste et énième réforme de l'Education nationale, mais ses actes parlent et plaident pour lui.
Entre fureur à propos du passé, et joie à propos du présent, le Vrai Parisien espère de tout son coeur que quelque part en France, un fils d'ouvrier, qui ne sait pas encore ce qu'est une "grande école", doué en histoire, sachant écrire et aimant apprendre, fera grâce à Xavier Darcos les études qu'il mérite.
20:55 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
"Aujourd'hui, gloire soit rendue à Xavier Darcos "
Quel sens de l'humour !
Un ex-doyen de l'Inspection Générale qui aurait viré sa cuti !
Relire un article sur "l'affaire Laurent Lafforgue " , cette médaille Fields qui a dû démissionner du Haut Conseil de l'Éducation pour avoir dit ce qu'il pensait de l'administration de l'E.N. évite de trop rêver :
http://www.info-impartiale.net/article.php3?id_article=173
Quant à votre fureur , je la comprends ...
Ecrit par : alph | 29 janvier 2008
Mêmes causes effet exactement opposé : dans la même configuration de départ + le fait d'être bonne en maths, je m'étais vue orientée directement en classe prépa sans avoir le choix et comme j'ignorais tout de la fac et que pour tout mon tout petit monde (les profs, les copains du coin et le peu, le très peu que croyaient savoir les parents, à qui on avait dû dire que la plupart des écoles d'ingénieurs payaient leurs étudiants (!)), je n'ai pas eu d'autre choix que de faire des prépas.
Alors que dans mon cas bien d'autres orientations vers de tout autres choses auraient mieux convenues.
(mais comme dans ton cas, ô Vrai Parisien, c'était des métiers qu'on n'imaginait pas et d'éventuelles études dont on ignorait l'existence).
Dans ma banlieue nos profs se souciaient de nous. Chance pour les uns, malchance peut-être pour d'autres.
PS : je parle d'avant l'internet. Si je l'avais eu à l'époque j'aurais su trouver les infos nécessaires, et forcer le destin (je crois ?)
Ecrit par : gilda | 30 janvier 2008
J'avoue ne pas très bien comprendre le sens de ce billet. J'étais moi-même un élève plutôt (Pluto ?) bon (mais fainéant, je viens d'un milieu identiuque au vôtre et, dès la classe de seconde (ou première ?), j'étais parfaitement au courant de tout ce qui existait en matière de classes préparatoires à ceci ou à cela. Ne serait-ce que parce que les autres élèves en parlaient, fils de "bourgeois" ou non.
Et, sans vouloir faire mon désagréable, je vous rappelle que Charles Péguy, fils d'une rempailleuse de chaise orléanaise dans les années 1880, a parfaitement su trouver le chemin qui, u lycée Pothier que j'ai moi-même fréquenté, menait de la Terminale à hypokhâgne...
Quant à se plaindre d'avoir été "obligée" de faire une prépa, alors qu'on aurait pu avoir la chance de faire autre chose (c'est-à-dire suivre les filières de tous ceux qui n'ont pas la capacité d'entrer dans les dites prépas), là, ça laisse sans voix...
Ecrit par : Didier Goux | 30 janvier 2008
> Bizarrement, et quoique j'étudiasse dans un lycée bien côté, dans une ville normalement développée située à une heure à peine de Paris, je n'ai aucun souvenir, absolument aucun que l'un quelconque de mes camarades ait parlé de classe prépa, de Sciences Po, d'Hypkhâgne... Mais il est vrai qu'à dix-sept ans, je vivais littéralement dans un nuage, et que peut-être je n'ai pas entendu ce dont tout le lycée bruissait.
En tout cas je suis certain de ne connaître aucun ancien élève de ce lycée, qui ait par la suite suivi ce genre d'études.
Pour ce qui me concerne, et c'est là le fond de ce billet, je ne veux en aucun cas prétendre que j'aurais été un élève admirable si j'avais fait Science-Po. A la vérité, je crois que ma paresse et ma procrastination y eussent été fatales à mes espérances. Mais ce que je regrette profondément, et qui me choque, alors même, j'en suis certain, que j'avais tout à fait le profil, on ne m'en ait jamais, un jamais absolu, parlé.
Il y a là une blessure inguérissable, et je considère que les responsables de mon lycée, ont commis une faute. En matière d'orientation, ils étaient d'une nullité crasse.
J'admets que j'aurais pu me renseigner, mais je l'ai dit je vivais dans un rêve étrange... Je me voyais poète... Etrange période en vérité.
Ecrit par : Le VP | 31 janvier 2008
Heureusement, ne pas avoir eu les études que l'on méritait n'empêche pas forcément d'avoir la carrière que l'on mérite.
Mais je trouve ce billet très juste (j'aurais pu l'écrire moi aussi!)
Bonne semaine
Ecrit par : Elise | 24 février 2008
Ecrire un commentaire