20 janvier 2008
Le Vrai Parisien et la vieille idole
La semaine dernière, le Vrai Parisien consacrait son dimanche à ce petit pélerinage annuel qu'il vous a décrit en détails. Ce dimanche-ci, ce fut une simple promenade, mais bizarrement ressemblante en cela qu'elle se situait également à l'ouest de Paris, sur une hauteur dominant la Seine, et dans le parc d'un château - la seule différence, notable, étant que le château de ce jour est détruit.

Le domaine de Saint-Cloud exhale un parfum de mélancolie presque insoutenable. Ses 460 hectares pourraient être grandioses et constituer l'un des sites les plus remarquables de toute l'Ile de France, surpassant en splendeur Versailles même. Sa position est en effet des plus enviables et le point de vue des plus beaux.


Malheureusement, le sort et les hommes en ont décidé autrement : de l'un des plus beaux château entourant Paris, les Prussiens ont fait une ruine incendiée, que la République française, vingt ans plus tard, a préféré détruire tant ces décombres rappelaient un passé tout à la fois glorieux (des rois en pagaille, des princes à gogo, deux empereurs) et honni.

Aujourd'hui, le parc de Saint-Cloud a cette tranquillité un peu lasse des vieilles idoles auxquelles personne ne songe plus. Ses allées parfois s'estompent dans la forêt, les marches de ses escaliers se disjoignent, et ses fontaines, sa cascade vertigineuse qui faisaient jadis l'admiration du monde s'envasent peu à peu.*

Une promenade dans le parc de Saint-Cloud donne l'impression d'être reçu par une majesté déchue, encore simple dans ses malheurs, et plus humaine. On croirait voir passer, au détour d'une allée, derrière un bosquet, une voiture découverte, malgré le ciel couleur de pierre couvrant tout l'horizon. A peine cherche-t-on à reconnaître le beau visage entrevu un instant que la voiture a déjà filé. C'était Joséphine, ou Marie-Louise, la duchesse d'Orléans, l'impératrice Eugénie, peut-être...

Le temps passe comme les songes. Plus de reine à Saint-Cloud, ni d'impératrice. Seulement le parfum doux et sombre des beautés abandonnées, des trônes renversés, des époques révolues.

Et puisque chaque époque vaut par les bâtiments qu'elle construit et ceux qu'elle laisse détruire, on a honte de la nôtre qui, en un siècle à peine a laissé disparaître Saint-Cloud pour laisser, à la place - à cent mètres à vol d'oiseau - construire ceci :

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* Pour être parfaitement honnête, un plan de rénovation (on devrait dire sauvetage) du parc est lancé depuis l'an dernier, et devrait durer jusqu'en 2010. Mais les effets n'en sont encore guère visibles.
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Commentaires
" Le ciel est cendré de pluie, les coteaux carminés et verts apparaissent, peints de couleurs dures, avec des effacements aux endroits de brouillard, ressemblant aux gouaches de Houel, qui ont eu le frottement des cartons des quais, et la salpêtrisation de l'exposition en plein air. La masse grise du château de Saint-Cloud transparaît à travers le voile blanchâtre de fumées légères. Je marche dans le merveilleux paysage qu'a fait l'abattis. Qu'on se figure un immense champ de broussailles rouillées, au milieu desquelles les troncs et les ramures survivantes ont la couleur d'arbres de bronze vert.
Là-dessous, le fouillis et le pittoresque architectural de cabanes en terre moussue, de huttes en rameaux de sapins encore verts, d'abris de branchages desséchés de la couleur du raisin de Corinthe, de tentes de toile grise, surmontées de fumées azurées, de loques de toutes les nuances séchant sur des ficelles, de pantalons rouges de troupiers, éclatant dans cette harmonie nuée, comme des coups de pistolet de vermillon.
Sur la route, il passe toutes sortes de véhicules: des trains d'artillerie portant debout sur leur tapage, de crânes hommes, et des voitures, où l'on voit un monsieur qui emporte, sur son poing, une chouette empaillée.
Je gagne Boulogne. La rue est encombrée de soldats de ligne, qui, assis sur des caisses de biscuit, barrent la rue. Il pleut. Des soldats se sont fait avec la toile de leurs tentes des burnous arabes. "
(Edmond de Goncourt. Journal. 16 octobre 1870.)
Ecrit par : Guillaume Cingal | 23 janvier 2008
> GC : et en plus des Jounaux de Camus, Léautaud, Green (que j'ai repris), il va falloir que je lise celui des Goncourt ! Toute ma vie ne va donc plus être que lecture de Journaux... Et pourquoi pas, d'ailleurs ?
Ecrit par : Le VP | 23 janvier 2008
Vous pouvez y ajouter celui de Samuel Pepys, éventuellement...
Ecrit par : Didier Goux | 26 janvier 2008
> Et naturellement celui d'un bourgeois de Paris, sous Louis XIV.
Ecrit par : Le VP | 27 janvier 2008
On n'est pas sorti du bois, comme disent les Québécois...
Ecrit par : Didier Goux | 27 janvier 2008
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