27 décembre 2007
Le Vrai Parisien et la sorcière
Ce qu'il y a de bien avec les opéras de Haendel, c'est que les histoires sont tellement compliquées que leur simple énoncé est à lui seul un exercice anti-alzheimer. Qu'on en juge avec Alcina, donné ce mercredi soir à l'opéra Garnier et que le Vrai Parisien, soucieux de vous épargner de longues recherches, va vous résumer toute affaire cessante.

Bradamante, se faidant passer pour son frère Ricciardo, aborde avec son tuteur Melisso, l'île dont la socrcière Alcina est reine pour en libérer son ancien amant Ruggiero, qui depuis lors est devenu celui d'Alcina. La soeur d'Alcina, Morgana, tombe imméditament amoureuse de Ricciardo-Bradamante qu'elle mène à sa soeur la reine, laquelle accueille ses visiteurs avec aménité. (Pendant ce temps, le jeune Oberto recherche son père Astolfo.) Dès que possible, Ricciardo-Bradamante essaie de rappeler Ruggiero à ses devoirs ; peine perdue. D'autant qu'Oronte, le chef des armées d'Alcina, est jaloux de l'amour que Morgana a conçu pour Ricciardo-Bradamante. Malgré les conseils de celui-ci pour dissiper la jalousie de son "rival", Oronte fait croire à Ruggiero qu'Alcina le trompe avec Ricciardo, accusation récusée par la reine. Bradamante tente de se faire reconnaître de Ruggiero, toujours en vain, et apprend de Morgana qu'Alcina a décidé de la transformer en bête sauvage. Pour détourner les soupçons de la sorcière, Ricciardo-Bradamante déclare sa flamme à Morgana, qui se réjouit.

Si votre cerveau n'a pas encore explosé, voici le deuxième acte : Melisso provoque Ruggiero pour tenter de le sortir de sa mollesse ; réussite presque totale car Ruggiero se méfie encore d'une ruse d'Alcina lorsque Bradamante se révèle à lui. Malgré tout, il empêche la sorcière de transformer Bradamante-Ricciardo en animal puis s'éloigne (sous prétexte d'aller chasser...) avec elle. Alcina, qui n'a vraiment rien de mieux à faire, promet à Oberto qu'il va bientôt retrouver son père, mais elle apprend soudain par Oronte que Ruggiero et Bradamante cherchent à quitter son île. Son désespoir est sans limite, ainsi que celui de Morgana qui comprend enfin sa méprise. Désireuse de les venger, Alcina convoque les esprits infernaux mais... son pouvoir semblant en berne, rien ne se passe. Elle gémit donc de nouveau.

L'acte trois, enfin, voit le dénouement de cette affaire : Pendant que Morgana se fait pardonner d'Oronte, Alcina a beaucoup moins de chance avec Ruggiero qui décidément la repousse. Rien ne va plus pour la reine sorcière puisque l'on apprend avec elle que l'île est encerclée par les forces du Bien et tout naturellement le trône d'Alcina vacille. Il ne lui reste plus que son urne magique. Défiée même par le jeune Oberto, qui refuse de lui obéir (il faut dire qu'elle voulait lui faire tuer une bête sauvage qui n'était en réalité que le père du jeune homme), Alcina se lamente une nouvelle fois et brise l'urne (dans la mise en scène de Robert Carsen, elle est poignardée par Ruggiero). Son charme est mort, tous retrouvent la liberté.

La mise en scène de Carsen, est miraculeusement parvenue à épurer légèrement cette aventure rocambolesque (le VP suggère au passage d'aller plus loin encore en supprimant carrément le personnage inutile d'Oberto, qui tombe vraiment comme un cheveu dans un jeu de quilles ou un chien dans la soupe !). Ici, Alcina règne sur une sorte de château (à moins qu'il ne s'agisse d'un hôtel style "Relais et Châteaux") au milieu des bois, ce qui donne lieu à des échappées de décors assez réussies où les vastes et profondes salles blanches tantôt se commandent les unes les autres, tantôt ouvrent sur des échappées de lointains boisés. Quelques personnages (dont trois sont intégralement nus...) errent dans ce décor de fin de race et de fin du monde (ce sont les esprits malins autant que ceux, asservis, sur lesquels règne une Alcina travaillée par un démon de midi assez prégnant, comme le suggère Carsen avec une délicatesse d'hippopotame.

Les voix équillibrées (quelques airs très brillants), l'orchestre dirigé par un Spinosi un peu moins dansant que d'habitude (défaut de jeunesse qui va peut-être commencer à lui passer) et qui se pique même de jouer un accompagnement de violon obligé pour l'un des airs de Morgana (mais le violon était-il mal accordé ou bien Spinosi a-t-il voulu faire "genre" ?!), les décors réussis (au passage, bravo aux techniciens de l'opéra à qui l'on pardonnera leur grève récente en raison de leur habileté à faire les changements de décor avec une parfaite discrétion). Dommage que le public (des provinciaux.... oui, vous avez bien lu, des provinciaux endimanchés comme des VRP en goguette...) n'ait pas été à la hauteur de Haendel !
14:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Vous avez toute mon admiration pour réussir à vous passionner pour des histoires aussi filandreuses. Personnellement, je me prive du plaisir de la jouissance de l'accord entre le verbe et le son et je ne fais qu'écouter la musique.
Ecrit par : Désuet Aigri | 27 décembre 2007
J'aime beaucoup le "filandreuse" de Désuet Aigri.
Ecrit par : gilda | 06 janvier 2008
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