25 décembre 2007
Le Vrai Parisien réveillonne
Confortablement installé à sa place (presque) ordinaire du premier balcon de l'Opéra Bastille, le Vrai Parisien, en ce 24 décembre au soir, ne tardit guère à découvrir que le lieu était ce soir-là plus qu'habituellement encore envahi par des nuées, des essaims, des flopées de petites Japonaises mignonettes et délibérément souriantes et énervées (un Noël à Paris avec soirée à l'opéra, suivi, qui sait, d'un souper à Montmartre, c'est quand même ce que l'on fait de mieux dans le genre...). Ces charmantes petites femmes (leurs mains, leurs pieds étaient de la taille de ceux du VP quand il avait huit ans, c'était à croquer), étaient d'autant plus en émoi, en extase, que Seiji Ozawa leur compatriote vénérable n'allait pas tarder à paraître ; elles le guettaient avec l'avidité de nonnes attendant que le Pape se montre à son balcon.

Tannhaüser, c'est du Wagner, postulat qui emporte deux trois conséquences : c'est un peu long (les personnages mettent vingt minutes à se dire ce que tout un chacun aurait le temps de se confier entre deux portes), et les airs ne vont pas du tout toujours avec le sens des paroles. Enfin, les femmes hurlent à tout bout de champ (à tout bout de chant...), ce qui est quand même passablement exagéré par rapport à la réalité vraie.
Mais sans doute le Vrai Parisien se ramollit-il un peu sous l'effet conjugué de l'âge et de fréquentations douteuses, puisque, petit à petit, il en vient à supporter sans frémir ni trembler des choses qu'il y a peu il fuyait encore comme la peste et le choléra.

Ceci dit, le débat ne semble pas tout à fait clos, plus de cent soixante ans après la création de l'oeuvre, puisqu'on pouvait entendre, lors d'un des deux entractes, un vieux monsieur (ordre national du Mérite en boutonnière) aux prises avec un jeune homme (mal rasé, tee-shirt échancré) s'envoyant à la figure des phrases de roman.
Chevalier du Mérite : "C'est de la musique symphonique ! Werther, c'est de l'opéra..."
Tee-shirt échancré : "On vous dispense de vos commentaires, dont on n'a cure (sic)."
Chevalier du Mérite : "Je dis ce que je veux ! Je dis ce que je veux !"
Tee-shirt échancré : "Il y a sur la scène plus de talent que vous n'en aurez jamais..."

Donc, en ce soir de Noël, à Bastille, Tannhaüser, c'était christique à mort, avec des croix partout (les chevalets, les montants des chassis des tableaux), des goupillons (les pinceaux). Mais c'était l'orgie aussi (avec des femmes nues, et même à la fin, deux femmes dans le même lit...) Non, chers lecteurs, vous ne rêvez pas : bacchanale et saturnale sont à l'Opéra Bastille, tout ça entrelardé d'une rédemption aux petits oignons comme seul notre cher XIXème siècle, autant obsédé par le bordel que la sacristie, savait en concocter.
De tout ça, Robert Carsen a fait son miel, mélangeant à plaisir des symboles un peu lourdingues de débauche et de Salut. On passera sur un énième décor minimaliste, à base de noir et blanc, de porte de lumière s'ouvrant dans les ténèbres ; on passera sur le premier acte avec femme nue cernée d'hommes à peine plus vêtus se roulant et s'aspergeant d'une peinture rouge comme le stupre ; on passera sur la scène finale avec les deux femmes dans le même lit (amour sacré, amour profane ?) et le message bien appuyé du Salut par l'Art pour ne retenir que le principal.
Car, autant le dire sans plus tarder, la soirée s'est très bien passée, avec un orchestre en pleine forme (des bois, si l'on peut dire, de derrière les fagots), et un Seiji Ozawa pétulant (son apparition sur la scène, pendant les saluts, avec un petit Père Noël dans la main, a rendu folles hystériques les Japonaises, qui hurlaient comme pour une rock star !). Quant aux chanteurs, on aura une mention spéciale pour Matthias Goerne, Franz-Josef Selig et Eva-Maria Westbroek.
Paris-Broadway y était aussi. Il a vu le Père Noël mais pas les Japonaises, apparemment...
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Commentaires
Damnaide, j'y fus aussi et nous ne nous vîmes point. Regrets.
Ecrit par : gilda | 06 janvier 2008
Donc, si j'ai bien tout suivi, le VP est un travesti qui conserve son travail à la force du poignet ? C'est du joli ! Je ne regrette pas de m'être exilé à la campagne, tiens...
(Et avec les petites Japonaises, il n'y a pas eu de retour sur investissement ?)
Ecrit par : Didier Goux | 08 janvier 2008
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